Décentralisation : Adama Bictogo plaide pour un transfert ciblé des compétences et des ressources

Adama Bictogo modère le panel international sur la décentralisation au Salon des Collectivités territoriales à Abidjan.

Adama Bictogo modère le panel international sur la décentralisation au Salon des Collectivités territoriales à Abidjan.

Au quatrième Salon des Collectivités territoriales, organisé au Parc des Expositions d’Abidjan, des élus et experts internationaux ont débattu des conditions d’une décentralisation efficace. Modérateur du panel, le député-maire de Yopougon, Adama Bictogo, a défendu un transfert progressif et ciblé des compétences, adapté aux réalités africaines et accompagné de moyens financiers.

La décentralisation ne peut être efficace sans des ressources à la hauteur des responsabilités confiées aux collectivités territoriales. C’est l’un des principaux enseignements du panel international organisé dans le cadre de la quatrième édition du Salon des Collectivités territoriales, au Parc des Expositions d’Abidjan.

Autour du député-maire de Yopougon, Adama Bictogo, qui assurait la modération des échanges, des élus et représentants d’organisations internationales ont confronté leurs expériences sur les enjeux du transfert des compétences entre l’État central et les collectivités locales.

Au fil des interventions, une conviction s’est dégagée : confier de nouvelles responsabilités aux communes ne suffit pas. Encore faut-il leur donner les moyens humains, techniques et financiers de les exercer.

« Transférer les compétences sans les ressources, ce n’est pas une décentralisation effective »

Premier intervenant, le Togolais Yawo Wini Dogbatse, ancien président de la Convention des maires pour l’Afrique subsaharienne, a insisté sur la nécessité d’associer le transfert des compétences à celui des ressources correspondantes.

Pour lui, une décentralisation qui attribue des responsabilités aux collectivités sans leur transférer les moyens nécessaires demeure incomplète. Cette question constitue, selon les échanges, l’un des principaux défis auxquels sont confrontées les administrations locales.

La représentante du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Blair Tassela, a défendu la même approche. Les ressources et les capacités techniques doivent accompagner les compétences transférées, afin de permettre aux collectivités de fournir des services publics adaptés aux besoins des populations.

Elle a également proposé un indicateur simple pour apprécier l’efficacité de la décentralisation : la satisfaction des citoyens à l’égard des services disponibles à l’échelle locale.

Cette approche place les résultats concrets au cœur de l’évaluation des politiques publiques territoriales. Au-delà des textes et des répartitions institutionnelles, la décentralisation doit se traduire par une amélioration perceptible de la vie quotidienne.

New York et Paris : des expériences de coopération entre collectivités et État

Les expériences internationales présentées lors du panel ont permis d’élargir la réflexion.

L’élu new-yorkais Charles Fall a notamment évoqué la nécessité d’une action cohérente entre les différents niveaux de gouvernement. Pour lui, l’efficacité de l’action publique repose sur leur capacité à poursuivre des objectifs convergents.

L’ancienne maire de Paris, Anne Hidalgo, a pour sa part partagé l’expérience des Jeux olympiques, présentés comme un levier de coopération entre la capitale française et l’État, sans mobilisation d’un budget supplémentaire selon son intervention.

La leçon qu’elle en tire porte sur la qualité de la gouvernance et le respect des responsabilités de chaque niveau institutionnel.

Ces exemples ont nourri les échanges sur les conditions d’une coopération efficace entre les collectivités territoriales et les gouvernements centraux. Ils ont également mis en évidence la nécessité d’adapter les modèles de décentralisation aux réalités propres à chaque pays.

Adama Bictogo appelle à une décentralisation adaptée aux réalités africaines

Au cours des discussions, Adama Bictogo a tenu à souligner les différences de moyens entre les collectivités africaines et celles des pays développés.

Le député-maire de Yopougon a notamment relevé qu’une commune européenne de 17 000 habitants pouvait disposer d’un budget comparable à celui d’une commune africaine comptant 400 000 habitants.

Cette comparaison lui a servi à défendre une approche différenciée du transfert des compétences. Selon lui, il ne s’agit pas de reproduire mécaniquement les modèles européens ou américains, mais de construire un dispositif tenant compte des capacités financières et des besoins des collectivités africaines.

Le maire de Yopougon a ainsi plaidé pour un transfert ciblé, organisé secteur par secteur, notamment dans des domaines aussi essentiels que le logement, la santé et l’éducation.

L’objectif est de permettre aux collectivités d’assumer progressivement des responsabilités clairement définies, en fonction des moyens dont elles disposent et des ressources qui leur sont effectivement transférées.

Anne Hidalgo a, de son côté, rappelé que les gouvernements ne pouvaient se passer des communes dans la conduite des politiques publiques.

Financement : des projets solides pour mobiliser les ressources disponibles

La question des moyens financiers a constitué un autre temps fort du débat.

Pour Yawo Wini Dogbatse, la difficulté ne réside pas uniquement dans l’absence de financements. Les ressources peuvent être mobilisées, à condition que les collectivités sachent identifier les mécanismes disponibles et présentent des projets suffisamment solides pour attirer les financements.

La préparation de projets bancables apparaît ainsi comme un enjeu majeur pour les communes et les autres collectivités territoriales.

Cette exigence suppose notamment de renforcer les capacités techniques des administrations locales, d’améliorer la planification des investissements et de structurer des projets répondant aux critères des partenaires financiers.

Le débat a donc mis en lumière une double nécessité : obtenir les ressources correspondant aux compétences transférées et développer l’expertise indispensable pour mobiliser des financements complémentaires.

« Le point de départ, c’est le peuple ; le point d’arrivée, c’est le peuple »

En conclusion, Adama Bictogo a ramené les échanges à la finalité première de la décentralisation : répondre aux besoins des populations.

« Le point de départ, c’est le peuple, le point d’arrivée, c’est le peuple », a-t-il déclaré, appelant ses homologues à renforcer la coopération entre les collectivités africaines et les États centraux.

Pour le député-maire de Yopougon, les élus locaux doivent prendre leur part dans la construction de cette synergie institutionnelle, afin de mieux coordonner les actions publiques et de donner davantage d’efficacité au développement territorial.

Les échanges de ce panel international auront ainsi mis en évidence plusieurs conditions essentielles : un transfert clair des compétences, des ressources financières adaptées, des capacités techniques renforcées et une coopération durable entre les différents niveaux de gouvernement.

À l’heure où la Côte d’Ivoire poursuit sa réflexion sur le renforcement de la décentralisation, ces questions demeurent centrales. Car l’autonomie des collectivités ne se mesure pas seulement aux responsabilités inscrites dans les textes, mais aussi à leur capacité réelle à agir et à améliorer les services rendus aux citoyens.

 

KRA Etienne

Quitter la version mobile