Depuis la réélection d’Alassane Ouattara en 2025, le maintien de Tiémoko Meyliet Koné au poste de vice-président de la République de Côte d’Ivoire suscite un débat juridique. Devait-il être reconduit dans ses fonctions et obtenir un nouvel accord du Parlement ? Ou son maintien est-il conforme à la Constitution ivoirienne ? L’analyse des dispositions constitutionnelles révèle une question essentielle : le texte fixe-t-il une durée précise aux fonctions du vice-président ?
La légalité du maintien de Tiémoko Meyliet Koné dans ses fonctions de vice-président de la République de Côte d’Ivoire fait l’objet d’interprétations divergentes depuis la réélection d’Alassane Ouattara à la présidentielle de 2025. Pour certains observateurs, une nouvelle désignation était nécessaire. Pour d’autres, aucune nouvelle nomination ne s’imposait, le texte constitutionnel ne prévoyant pas expressément la fin automatique des fonctions du vice-président à l’expiration du mandat présidentiel.
Pour trancher ce débat, il convient de revenir aux dispositions de la Constitution ivoirienne, notamment celles relatives à la désignation du vice-président, à son entrée en fonction et à la durée de son mandat.
Constitution ivoirienne : que prévoit l’article 55 sur le vice-président ?
La Constitution de la République de Côte d’Ivoire, dans sa rédaction issue de la révision constitutionnelle du 19 mars 2020, établit une distinction entre l’élection du président de la République et la désignation de son vice-président.
L’article 55 dispose :
« Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois. Il choisit un vice-Président de la République, en accord avec le Parlement. »
Cette disposition est importante. Depuis la révision constitutionnelle de 2020, le vice-président n’est plus élu au suffrage universel direct en même temps que le président de la République. Il est choisi par celui-ci, sous réserve de l’accord du Parlement.
Toutefois, une interrogation demeure : pour quelle durée le vice-président est-il choisi ?
C’est précisément sur ce point que se concentre le débat juridique relatif au maintien de Tiémoko Meyliet Koné après l’élection présidentielle de 2025.
Le mandat du vice-président est-il fixé à cinq ans ?
L’examen des dispositions constitutionnelles consacrées au vice-président fait apparaître une différence notable avec celles qui régissent le mandat présidentiel.
L’article 55 fixe expressément à cinq ans la durée du mandat du président de la République. En revanche, les articles 78 et 79, relatifs respectivement aux conditions d’éligibilité et à la prestation de serment du vice-président, ne précisent pas expressément la durée de ses fonctions.
L’article 78 définit notamment les conditions que doit remplir le vice-président, tandis que l’article 79 prévoit sa prestation de serment devant le Conseil constitutionnel avant son entrée en fonction.
Aucune de ces deux dispositions ne fixe explicitement à cinq ans la durée des fonctions du vice-président.
Cette absence de précision constitue un élément central de l’analyse. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de conclure que le vice-président dispose nécessairement d’un mandat autonome ou que ses fonctions se poursuivent automatiquement après la fin du mandat présidentiel. Elle laisse plutôt ouverte la question de l’articulation entre les deux fonctions.
Tiémoko Meyliet Koné : une nomination conforme à la Constitution en 2022
Sur les circonstances de son entrée en fonction, les éléments institutionnels disponibles sont clairs.
Tiémoko Meyliet Koné a été nommé vice-président de la République le 19 avril 2022. Il a prêté serment le 20 avril 2022 devant le Conseil constitutionnel.
La Présidence de la République indique officiellement qu’il exerce cette fonction depuis le 19 avril 2022. De son côté, le Conseil constitutionnel a présenté la cérémonie du 20 avril 2022 comme la prestation de serment du nouveau vice-président de la République.
Son entrée en fonction s’est donc inscrite dans la procédure constitutionnelle prévue pour sa désignation.
La difficulté juridique ne porte ainsi pas principalement sur sa nomination de 2022, mais sur les conséquences de la réélection d’Alassane Ouattara en 2025 pour la continuité de ses fonctions.
Réélection d’Alassane Ouattara en 2025 : fallait-il nommer un nouveau vice-président ?
Deux interprétations principales s’opposent sur cette question.
Première interprétation : une nouvelle désignation était nécessaire
Selon cette lecture, les fonctions du vice-président seraient juridiquement liées au mandat présidentiel au cours duquel il a été choisi.
Dans cette perspective, la réélection d’Alassane Ouattara en 2025 aurait ouvert un nouveau mandat présidentiel, nécessitant une nouvelle désignation du vice-président conformément à l’article 55 de la Constitution.
Le président aurait alors dû choisir à nouveau son vice-président et obtenir l’accord du Parlement.
Cette interprétation repose sur l’idée que le vice-président participe à l’organisation institutionnelle de l’exécutif autour d’un mandat présidentiel déterminé.
Toutefois, pour établir que cette nouvelle désignation était juridiquement obligatoire, il faudrait démontrer que la Constitution subordonne effectivement la durée des fonctions du vice-président à celle du président de la République. Or, cette articulation n’est pas expressément formulée dans les dispositions précitées.
Deuxième interprétation : les fonctions du vice-président se poursuivent
La seconde lecture privilégie une interprétation littérale des dispositions constitutionnelles.
Ses partisans soulignent que la Constitution ne prévoit pas explicitement que les fonctions du vice-président prennent automatiquement fin lorsque le mandat présidentiel arrive à expiration. Elle ne désigne pas davantage la réélection du président comme une cause de cessation des fonctions du vice-président.
Dès lors, peut-on imposer une nouvelle nomination en l’absence d’une disposition constitutionnelle qui la rendrait expressément obligatoire ?
C’est sur cet argument que repose la thèse selon laquelle Tiémoko Meyliet Koné pouvait continuer d’exercer ses fonctions après la réélection d’Alassane Ouattara.
Cette interprétation présente un argument textuel sérieux. Elle ne constitue toutefois pas une certitude juridique absolue, puisque la Constitution ne précise pas non plus expressément que les fonctions du vice-président se poursuivent au-delà du mandat présidentiel.
Article 58 de la Constitution : que prévoit-il après l’élection présidentielle ?
Un autre élément mérite d’être examiné : l’article 58 de la Constitution, relatif à la prestation de serment du président élu.
Cette disposition prévoit qu’après la proclamation définitive des résultats, le président de la République élu prête serment. Elle précise également :
« Le vice-Président de la République assiste à la cérémonie de prestation de serment. »
Le texte organise ainsi la prestation de serment du président élu et prévoit la présence du vice-président à cette cérémonie.
En revanche, cette disposition ne prévoit pas expressément une nouvelle nomination ou une nouvelle prestation de serment du vice-président au seul motif que le président de la République a été réélu.
Cette absence de formalité dans l’article 58 peut soutenir l’argument en faveur de la continuité des fonctions. Elle ne suffit cependant pas à établir, à elle seule, que le vice-président conserve automatiquement ses fonctions après chaque élection présidentielle.
La question reste donc celle de l’interprétation combinée des différentes dispositions constitutionnelles.
Après la présidentielle de 2025, quelle a été la position des institutions ivoiriennes ?
La pratique institutionnelle constitue un autre élément du débat.
Après la réélection d’Alassane Ouattara en 2025, la Présidence de la République a continué de présenter officiellement Tiémoko Meyliet Koné comme vice-président de la République.
Dans un communiqué daté du 14 décembre 2025, la Présidence l’a notamment présenté en cette qualité à l’occasion de sa représentation du chef de l’État au sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à Abuja. La page officielle consacrée au vice-président indique également qu’il exerce cette fonction depuis le 19 avril 2022.
Cette pratique témoigne de la position institutionnelle retenue après la présidentielle de 2025 : le maintien de Tiémoko Meyliet Koné dans ses fonctions n’a pas été considéré par la Présidence comme nécessitant une nouvelle désignation.
Il convient néanmoins de distinguer la pratique institutionnelle de l’interprétation juridictionnelle. Le fait que l’exécutif continue de reconnaître le vice-président dans ses fonctions constitue un élément d’appréciation, mais ne remplace pas une décision du Conseil constitutionnel sur la question précise de la durée de ses fonctions.
Tiémoko Meyliet Koné est-il illégalement vice-président ?
Au regard des dispositions examinées, qualifier Tiémoko Meyliet Koné de vice-président « illégal » au seul motif qu’il n’a pas fait l’objet d’une nouvelle désignation après la présidentielle de 2025 apparaît juridiquement excessif.
Une telle affirmation supposerait que la Constitution impose clairement une nouvelle nomination à chaque renouvellement du mandat présidentiel. Or, les articles examinés ne prévoient pas expressément une telle obligation.
Pour autant, il serait également excessif d’affirmer que la Constitution garantit explicitement le maintien automatique du vice-président au-delà du mandat présidentiel. Le texte ne tranche pas clairement cette question.
La difficulté tient donc à une ambiguïté constitutionnelle concernant la durée des fonctions du vice-président et leur articulation avec le mandat du président de la République.
La Constitution encadre sa désignation, les conditions requises pour exercer cette fonction et son entrée en fonction. Mais les dispositions considérées ne précisent pas explicitement la durée de ses fonctions ni les conséquences de la réélection du président sur leur continuité.
Une clarification constitutionnelle serait-elle nécessaire ?
Le débat autour de Tiémoko Meyliet Koné met en évidence une question de droit constitutionnel qui mérite une clarification.
Les fonctions du vice-président sont-elles nécessairement limitées à la durée du mandat présidentiel au cours duquel il a été choisi ? Ou peuvent-elles se poursuivre au-delà de ce mandat, notamment lorsque le président de la République est réélu ?
La réponse devrait reposer sur une interprétation rigoureuse de l’ensemble des dispositions constitutionnelles applicables, et non sur des affirmations catégoriques.
Une interprétation faisant autorité du Conseil constitutionnel, ou une clarification du texte par le constituant, permettrait de lever cette incertitude et de prévenir de nouvelles controverses lors des prochaines élections présidentielles.
En attendant, la prudence commande de distinguer ce que la Constitution prévoit expressément de ce que les différentes interprétations en déduisent.
En définitive, la question n’est pas simplement de savoir si Tiémoko Meyliet Koné est un vice-président illégal. Elle est de déterminer si le droit constitutionnel ivoirien impose une nouvelle désignation du vice-président après la réélection du chef de l’État.
En l’absence d’une disposition établissant explicitement cette obligation, il paraît juridiquement aventureux de présenter l’absence de nouvelle nomination comme une preuve suffisante d’illégalité. La position la plus rigoureuse consiste à reconnaître l’existence d’une question d’interprétation constitutionnelle qui appelle une réponse faisant autorité.
En droit constitutionnel, la distinction entre une règle expressément écrite, une interprétation possible et une conclusion juridiquement établie est fondamentale. C’est cette distinction qui doit guider le débat sur le statut de Tiémoko Meyliet Koné.
Par Franck ETTIEN
Journaliste-Politologue























